samedi 16 août 2014

Crise financière dans l’arène

Et si les promoteurs étaient eux-mêmes les fossoyeurs de la lutte ?
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ne crise financière sévit en lutte avec frappe, les gros cachets ont épuisé les mécènes de l’arène qui n’en peuvent plus. En particulier ceux qui sont passés maîtres dans l’art de monter les chocs les plus inédits avec les lutteurs les plus renommés du pays. Pour une raison ou pour une autre, certains promoteurs ont déjà quitté le milieu, d’autres se préparent à dénouer et à jeter leur Nguimb pour toujours. Mais à bien y réfléchir, cette crise financière est la résultante de la bataille larvée que se livraient ces mécènes qui n’ont pu trouver le juste milieu pour policer le milieu. Ils ont créé de toutes pièces leurs propres monstres car les lutteurs sont devenus plus exigeants. Sciemment ou inconsciemment, ils ont scié la branche sur laquelle ils étaient tous assis…
La saison de lutte 2013-2014 a refermé ses portes aussi timidement qu’elle avait débuté. La frénésie qui agitait les promoteurs, les saisons précédentes, s’est bien estompée. Tous, sans exception, ont traîné le pas quant au montage des grandes affiches, car ils semblent financièrement épuisés. Certains annoncent leur retrait de l’arène, de nouveaux feront leur apparition, mais avec ce modèle économique obsolète où ils injectent beaucoup de sous sans pouvoir le rentabiliser, pour sûr, ils n’iront pas bien loin.

Gaston et Luc Nicolaï…
Luc Nicolaï et Gaston Mbengue
Un simple regard dans le rétroviseur nous replonge dans le mini championnat de lutte avec frappe (CLAF) qu’avait initié le promoteur Gaston Mbengue en 2006. Même dans leurs rêves les plus fous, certains lutteurs qui y avaient pris part, n’imaginaient pas empocher d’aussi grosses sommes. Gaston Mbengue les avait gracieusement payés avec des cachets de vingt millions. Cela s’est poursuivi lors du CLAF 2007-2008. Avec 11 poules et 44 lutteurs, le Don King de l’arène avait animé l’arène à coups de millions. Cela avait aussi séduit d’autres promoteurs qui ont voulu faire comme lui. Et, pour montrer leur force de frappe financière, les «rivaux» Gaston Mbengue et Luc Nicolaï n’hésitaient pas à déposer sur la table, des cachets incroyables. «Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe, qui est en bas, qui en souffre» dit l’adage. Mais, dans l’arène, quand deux promoteurs se battent, ce sont les lutteurs qui sont bien servis. L’on n’oubliera pas le montage des combats Modou Lô / Lac 2 et Yékini / Tyson. D’un côté Luc Nicolaï surnommé promoteur du Continent, qui déclare: «J’ai versé un cachet de 60 millions à chaque lutteur, mais j’ai encore fait des rallonges de 15 millions pour le porter à 75 millions pour chacun.» De l’autre côté, Gaston Mbengue, le promoteur du Peuple, qui, à la faveur du retour de Tyson (Boul Faalé) dans l’arène après trois (3) ans de sanction du CNG, le coopte contre Yékini (Ndakaru) et leur donne, pour la première fois dans l’histoire de la lutte, un cachet de 100 millions FCFA…

C’est quoi un lutteur VIP ?
Combat Balla Gaye 2 / Modou Lô (archives)
Cette bataille des promoteurs a eu pour conséquence la flambée des cachets. Et pourtant, aucun de ces promoteurs ne pourrait rentabiliser un seul de leurs combats avec la seule billetterie de Demba Diop ou du stadium Iba Mar Diop. Les ressources additionnelles provenaient des sponsors qui les accompagnaient. Il s’agissait en grande partie d’Orange et de Tigo, les plus en vue à l’époque. Mais ces sponsors ont disparu dans la nature après quelques années. Conséquence : Gaston Mbengue a du mal à poursuivre son programme CLAF. Revenu sur terre, le Don King a essayé de ramener ses pairs et les lutteurs à la raison, en vain. «Je ne veux pas mettre ma famille en danger à cause de la lutte. Il faut que les lutteurs revoient leur prétention. Il faut qu’ils soient raisonnables…Il faut plafonner les cachets… » Hélas, il lui était difficile de retirer la cuillère dorée qu’il avait plongée dans la bouche de nombreux mbeur désormais appelés lutteurs VIP.
Sentant venir le danger avec la rareté des sponsors, les mécènes de l’arène se regroupent en collectif. Seulement, n’ayant pas la même vision et la même philosophie, ces accords se sont très vite effrités et les gros cachets ont rappliqué pour atteindre 120 voire 130 millions. Les promoteurs comme Aziz Ndiaye, Assane Ndiaye, Prince et bien d’autres, ont hérité d’une situation déjà préétablie par leurs aînés…
Orange et Tigo dénouent leur nguimb
Mais les sponsors sur qui comptent ces promoteurs sont parfois très volatiles. Ils peuvent donner 500 millions, 800 millions, voire 1 milliard, mais ne s’inscrivent pas dans la durée. Ils ont, eux aussi, d’autres visées, d’autres terrains qu’ils convoitent surtout quand ils savent qu’ils ont eu satisfaction. Il n’est écrit nulle part que tels ou tels produits sont destinés à accompagner éternellement la lutte.
Les sponsors disparaissent, et nos braves promoteurs qui, jusqu’ici, n’ont pu créer et développer d’autres sources de revenue pour rentabiliser ce qu’ils injectent dans ce sport, pourraient-ils continuer à payer des cachets aussi faramineux ? La lutte avec frappe survivra-t-elle à ce modèle économique périlleux ?
A qui la faute ?
Les combats de Balla Gaye 2 (Balla Gaye), Yékini (Ndakaru), Eumeu Sène (Tay Shinger), Modou Lô (Rock Energie), Tyson (Boul Faalé), Gris Bordeaux (Fass), Lac 2 (Walo), pour ne citer que ceux-là, sont devenus de véritables montages financiers. N’importe quel promoteur ne s’y aventure car il faut des centaines de millions de francs CFA pour les décrocher. Et si on admet que les gros cachets tuent la lutte avec frappe, alors à qui la faute ?
Koné Mamadou (New York-USA)

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