mardi 29 octobre 2013

Lutteurs gourmands, promoteurs essoufflés, sponsors volatiles


L
a nouvelle saison de lutte 2013-2014 débute timidement. La frénésie qui s’était emparée des promoteurs, la saison dernière et les années précédentes, s’est estompée. Tous, sans exception, traînent le pas quant au montage des combats...

 De nouveaux organisateurs de combats ont fait leur apparition dans le milieu, mais ignorent, pour le moment, ce qui les attend dans ce panier à crabes qu’est l’arène avec son modèle économique obsolète, où les lutteurs continuent d’augmenter leurs cachets, les promoteurs sont de plus en plus épuisés face à des sponsors volatiles et de plus en plus distants. Peut-on alors se fier au modèle économique de l’arène ?
Les lutteurs devenus gourmands
À tort ou à raison, les lutteurs deviennent de plus en plus gourmands du point de vue de leurs cachets, surtout les ténors. Les combats de Balla Gaye 2 (Balla Gaye), Yékini (Ndakaru), Eumeu Sène (Tay Shinger), Modou Lô (Rock Energie), Tyson (Boul Faalé), Gris Bordeaux (Fass), Lac 2 (Walo), pour ne citer que ceux-là, sont devenus de véritables montages financiers. N’importe quel promoteur ne s’y aventure car il faut des centaines de millions de francs CFA pour les décrocher. Si, pour certains, le cachet est proportionnel à leur performance, pour d’autres, il est lié au charisme, à la popularité et au simple nom. Ces grosses sommes les ont grisés au point qu’en dépit de leurs résultats sportifs, fussent-ils calamiteux, ils se maintiennent dans un certain standing. Pis, ils demandent plus.
Tous les promoteurs épuisés : A qui la faute ?
Et ces gros cachets commencent à épuiser les mécènes de l’arène qui n’en peuvent plus, en particulier ceux qui sont passés maîtres dans l’art de monter les chocs les plus inédits avec les lutteurs les plus renommés du pays. Mais, à bien y réfléchir, ce sont ces promoteurs qui ont créé de toutes pièces leurs propres monstres. Un simple regard dans le rétroviseur nous replonge dans le mini-Championnat de Lutte Avec Frappe (CLAF) qu’a initié le promoteur Gaston Mbengue en 2006. Même dans leurs rêves les plus fous, certains lutteurs n’imaginaient pas empocher d’aussi gros cachets. Gaston Mbengue les avait gracieusement payés avec des cachets de vingt millions, jusque-là jamais imaginés par leurs bénéficiaires. Cela s’est poursuivi lors du CLAF 2007-2008. Avec 11 poules et 44 lutteurs, le Don King de l’arène avait animé l’arène à coups de millions. Cela a séduit d’autres promoteurs. Et, pour montrer leur force de frappe financière, les «rivaux» Gaston Mbengue et Luc Nicolaï n’hésitaient pas à placer haut la barre avec des cachets incroyables. «Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe, qui est en bas, qui en souffre» dit l’adage. Mais, dans l’arène, quand deux promoteurs se battent, ce sont les lutteurs qui sont bien servis. L’on n’oubliera pas le montage des combats Modou Lô / Lac 2 et Yékini / Tyson. D’un côté Luc Nicolaï, le promoteur du Continent, qui déclare : «J’ai versé un cachet de 60 millions à chaque lutteur, mais j’ai encore fait des rallonges de 15 millions pour le porter à 75 millions pour chacun.» De l’autre côté, Gaston Mbengue, le promoteur du Peuple, qui, à la faveur du retour de Tyson (Boul Faalé) dans l’arène après trois (3) ans de sanction du CNG, le coopte contre Yékini (Ndakaru) et leur donne, pour la première fois dans l’histoire de la lutte, un cachet de 100 millions FCFA…
Orange et Tigo dénouent leur nguimb
Cette bataille des promoteurs a eu pour conséquence la flambée des cachets dans l’arène. Et pourtant, aucun de ces promoteurs ne pourrait rentabiliser un seul de leurs combats avec la seule billetterie de Demba Diop ou du stadium Iba Mar Diop. Les ressources additionnelles provenaient des sponsors qui les accompagnaient. Il s’agissait, en grande partie, d’Orange et de Tigo, les plus en vue à l’époque. Mais ces sponsors se sont évaporés dans la nature après quelques années. Conséquence : Gaston Mbengue a du mal à poursuivre son programme CLAF. Revenu sur terre, il a essayé de ramener ses pairs à la raison, en vain. «Je ne veux pas mettre ma famille en danger à cause de la lutte. Il faut que les lutteurs revoient leur prétention. Il faut qu’ils soient raisonnables… » Hélas, il lui était difficile de retirer la cuillère dorée qu’il avait plongée dans la bouche de nombreux mbeur désormais appelés lutteurs VIP. Sentant venir le danger avec la rareté des sponsors, les mécènes de l’arène se regroupent en collectif. Seulement, n’ayant pas la même vision et la même philosophie, ces accords se sont très vite effrités et les gros cachets ont rappliqué pour atteindre 120 voire 130 millions.
Les sponsors très volatiles
Mais les sponsors sur qui comptent ces promoteurs sont parfois très volatiles. Ils peuvent donner 500 millions, 800 millions, voire 1 milliard, mais ne s’inscrivent pas dans la durée. Ils ont, eux aussi, d’autres visées, d’autres terrains qu’ils convoitent surtout quand ils savent qu’ils ont eu satisfaction. Il n’est écrit nulle part que tels ou tels produits sont destinés à accompagner éternellement la lutte…
Si les promoteurs disparaissent ou s’ils reviennent dans l’arène avec moins d’envergure qu’avant, nos braves promoteurs qui, jusqu’ici, n’ont pu créer et développer d’autres sources de revenue pour rentabiliser ce qu’ils injectent dans l’arène, pourraient-ils continuer à payer des cachets aussi faramineux ? La lutte avec frappe survivra-t-elle à ce modèle économique périlleux ?

Mamadou KONÉ

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