lundi 21 octobre 2013

A cœur ouvert avec Thiam Hercule moniteur de salle de gym et préparateur physique

Thiam Hercule, s'entraîne toujours
«Bombardier est un exemple de fidélité en amitié»
«Yékini, Bombardier, Ndiaga Diop, Pape Cissé… s’entraînaient ensemble»
«J’ai entraîné le Président Alassane Ouattara, Coumba Gawlo, Amadou Dia Bâ…»
«Quand les lutteurs deviennent des champions, ils oublient ceux qui les ont aidés hier…»
«Les muscles saillants de Mame Gorgui Ndiaye m’ont séduit…»
M
oniteur de salle de gym depuis 1962, âgé de 69 ans aujourd’hui, Serigne Ibrahima Thiam alias Thiam Hercule, responsable de la salle de gym le Cercle des Champions s’entraîne toujours comme un jeune de 20 ans. Doyen des moniteurs du Sénégal, il déplore la floraison de lieux d’entraînement qui constituent un potentiel danger pour les lutteurs et bien des sportifs. Compagnon et formateur des grands noms de l’arène, Thiam Hercule fait savoir que Bombardier de Mbour est un exemple de fidélité en amitié qu’il tient à louer. Quant aux lutteurs qui ne veulent pas s’affronter pour telle ou telle raison, le doyen Serigne Ibrahima Thiam apprend que cela est un frein pour l’évolution de la lutte qui est leur gagne-pain.

«Les promoteurs sont des pourvoyeurs d’emplois pour nos enfants»
«Dans l’ensemble, je peux dire que la défunte saison était bien. Elle était agréable avec beaucoup de combats disputés. Elle était particulièrement courte, mais le nombre de combats avait paradoxalement augmenté, cela m’a beaucoup surpris, agréablement bien sûr. Ce qui sous-entend que de nombreux lutteurs ont combattu, que de nombreux promoteurs ont également investi pour cela. Ce qui m’a également plu la saison dernière, c’est qu’il y a eu moins de violences que d’habitude. De nombreux lutteurs se sont comportés de façon exemplaire. Cela a permis d’éviter certains débordements qu’on voyait lors des saisons antérieures. Vraiment, il faut saluer et encourager les promoteurs qui participent au développement du pays à leur manière. Ce sont en quelque sorte des pourvoyeurs d’emplois pour nos enfants».
«Le CNG doit poursuivre son œuvre d’assainissement du milieu de la lutte»
«Il faut aussi reconnaître que ce calme que nous avons connu dans l’arène est dû au travail acharné du CNG de lutte. Ces gens ont abattu un gros boulot depuis quelque temps. De la dernière bouteille à la bouffonnerie du mystique, jusqu’à l’éradication de la violence, Alioune Sarr et son équipe ont travaillé. Les forces de l’ordre ont aussi contribué à faire baisser la violence dans l’arène. Il était quasiment difficile d’aller suivre un combat de lutte sans voir des jeunes gens qui s’affrontent. On voyait des couteaux dans l’arène, des cornes, des gourdins. Tout ceci pour s’affronter après. De nombreux jeunes ont perdu leur vie comme ça parce qu’ils sont allés suivre un combat de lutte. Tout ceci doit cesser. Il faut que le CNG poursuive son œuvre d’assainissement du milieu. Une année, je crois que c’était la saison 2010-2011, des Européens sont venus suivre des combats de lutte. C’était au stade Iba Mar Diop. Après la chute d’un adversaire, une violente bagarre a déclenché parmi les supporters. Des projectiles ont été jetés et ces Européens ont été touchés à la tête. Ils ont saigné abondamment. C’était une image indigne. Que vont penser ceux-là de notre lutte et de notre arène ? Il ne faut surtout pas qu’on donne l’impression que nous sommes des sauvages, des barbares chez nous. Pour un petit événement de sport, que des innocents perdent leur vie ou qu’ils rentrent grièvement blessés et marqués à vie chez eux. Non, l’arène soit se départir des fauteurs de trouble. Il faut qu’on soit capable d’aller suivre un combat de lutte avec sa grand-mère, son grand-père ou son petit-fils et rentrer tranquillement sans se faire agresser bêtement. C’est l’image de la lutte, mais aussi de tout le Sénégal qu’il nous faut préserver».
«J’ai été charmé par les muscles saillants de Mame Gorgui Ndiaye»
Thiam Hercule
«Je suis moniteur de salle de gym depuis 1962. Depuis, je m’entraîne toujours. Quand j’étais plus jeune, j’étais charmé par les muscles saillants de Mame Gorgui Ndiaye. J’ai voulu avoir de solides muscles comme lui. Et je me suis entraîné comme une machine durant de longues années. Le footing, les exercices d’endurance, les poids, les altères. Aujourd’hui, à 69 ans, je n’ai pas arrêté de m’entraîner, mais je ne soulève plus ces genres de charges. Je ne travaille qu’avec les altères légères. En somme, je fais du sport de maintien. J’ai également une bonne alimentation très équilibrée. Je ne me suis jamais dopé de ma vie. Je ne sais même pas ce que c’est que le dopage. C’est ce que je conseille aux jeunes surtout les sportifs qui sont portés sur le travail de musculation pour avoir un beau corps solide pour le besoin du sport qu’ils pratiquent. Si on n’est pas respectueux de certaines règles d’hygiène, on sera malade très vite et on va mal vieillir».
«Bombardier est un exemple de fidélité en amitié»
«Vous savez, c’est la vie qui veut ça. Il y a certaines personnes avec qui vous marchez, et après, vous-vous perdez de vue. Il y a d’autres qui vous restent fidèles, qui ne vous quittent jamais. C’est le cas du lutteur Bombardier de Mbour. C’est un exemple de fidélité en amitié. Il ne m’a jamais quitté. La vie fait qu’on vit séparément, car il est à Mbour et moi à Dakar. Mais Bombardier est toujours resté de cœur avec moi. Il m’appelle tout le temps. Il n’hésite pas à me rendre visite chaque fois qu’il en a l’occasion. C’est ça la vie. Ce sont deux mains qui se lavent. Pourtant, comme lui, j’ai formé beaucoup d’autres jeunes sportifs. Des personnes que j’ai même oubliées. Outre les sportifs, j’ai aussi eu à travailler avec des personnes de divers milieux. L’actuel président de la Côte d’Ivoire Mr Alassane Dramane Ouattara, l’artiste Coumba Gawlo, l’athlète Amadou Dia Bâ etc…. C’est aussi ça notre milieu. On côtoie des personnes de diverses humeurs».
«Quand les lutteurs deviennent des champions, ils vous oublient…»
Thiam Hercule & Tapha Tine
«Mais quant aux lutteurs, c’est un autre monde. Peu sont reconnaissants, très peu. Vous les aidez aujourd’hui à atteindre le sommet, ils vous abandonnent demain en se créant d’autres amitiés, d’autres points d’intérêts ailleurs et vous oublient royalement. Ils oublient où ils sont quittés, ils oublient comment ils ont débuté, ils oublient ceux qui les ont aidés à devenir ce qu’ils sont actuellement. Je ne lance pas des fleurs à Bombardier ou parler simplement pour lui faire plaisir, mais je tiens à dire que c’est un jeune très reconnaissant. Je ne pourrais pas lister ce qu’il a fait pour moi. Depuis que je l’ai connu chez Amoudé Bizé en 1995 au gymnasium à la corniche. Il n’a pas changé. Il est resté le même. Il m’a toujours dit «Nous les Toucouleur, on ne trahi jamais» effectivement, Bombardier est resté le même. Pourtant dans cette même salle, je formais également d’autres grands noms de la lutte».
«Je ne compte pas sur les lutteurs pour vivre»
«Vous savez, le travail que j’exerce me met toujours en rapport avec les sportifs, surtout les lutteurs. On ne peut être un grand lutteur qui gagne aujourd’hui, si on n’a pas la force physique. Et moi j’ai une salle de gym où je les aide à se bâtir un corps de rêve. Je suis du milieu de la lutte depuis longtemps. la jeune génération est à l’image des anciens que j’ai formés. Mais ceux que j’ai aujourd’hui, ne connaissent rien encore. Je les entraîne et je fais office de père, de conseiller et tout. Je ne compte même pas sur eux pour vivre. Celui ou ceux qui brassent des millions demain, s’ils pensent qu’ils peuvent également me donner de l’aide, tant mieux, c’est la vie. Mais dire que je les entraîne attendant qu’ils deviennent des champions et m’aider, non. Je ne compte sur aucun lutteur pour vivre».
«Prolifération de salles de gym : Attention danger !»
Thiam & son neveu Papis (Roky Balboa) en pose plastique en haut
«Je donne des conseils aux sportifs. Actuellement, il y a une prolifération de salles de gym et de façon anarchique. Des personnes ont des sous, ils ouvrent une salle de musculation dans un carrefour et entraînent les gens. La plupart du temps, ils n’ont pas la qualification requise. C’est un gros danger pour les sportifs à qui je conseille de se diriger vers des salles où les moniteurs ont une connaissance avérée du corps humain. Plus ils savent ce qu’ils font, plus l’athlète entraîné en bénéficie et s’en sort sans blessures graves pour sa santé. Mais ce que nous observons, c’est que la plupart de ces gens n’ont aucune formation et entraînent les autres, c’est grave. Si vous dosez mal une charge, ou si vous faites des mouvements inappropriés, cela ne vous arrange pas. Le corps peut en prendre un coup très grave. Le vrai danger, c’est quand ces sportifs vieillissent. Leur corps aura été massacré par des faux mouvements qui ont altéré leurs vertèbres au point qu’ils se retrouveront paralysés. Soit des membres inférieurs ou supérieurs. Ou souffriront d’autres malaises liés à leur motricité. Ils peuvent même avoir un arrêt cardiaque. Il faut des gens qualifiés pour entraîner dans ces salles de gym. Sinon, c’est le danger assuré pour ceux qu’ils entraînent. Plusieurs fois, de jeunes gens viennent me voir pour se plaindre de maux contractés aux entraînements ailleurs. Moi, j’ai été formé par un connaisseur du milieu. Il s’agit d’Amoudé Bizé qui par la suite était chargé de l’éducation physique au Palais présidentiel avec le Président Abdoulaye Wade. C’est dans la plus grande salle de gym du Sénégal, sis à la corniche, appelé le gymnasium. Je suis un professionnel qui a fait ses preuves dans ce milieu depuis 1962, avant même l’indépendance de ce pays».
«On ne peut être champion à vie»
Thiam Hercule & Yékini en 1997
«Dans la vie, chaque fois qu’il y a position, il y a également opposition. Quand vous vous formez pour quelque chose, d’autres se préparent pour la même chose. Et cela est valable dans tous les domaines de la vie. La quasi-totalité de mes poulains sont tombés. Il s’agit de Bombardier, Yékini, Tapha Tine, Tyson et bien d’autres. Mais c’est la loi du sport. Nul ne peut être champion à vie. Tôt ou tard, on tombe sur plus fort que soi, surtout quand on prend de l’âge. En sport de combat, l’âge est important. Yékini, Tyson et Tapha Tine ont tous perdu face à Balla Gaye 2, et Bombardier a perdu devant Tapha Tine. Excepté Balla Gaye 2, ce sont tous des gens que j’ai eu à former. Ils se sont affrontés entre eux. Quant à Yékini qui a perdu sa couronne de Roi des arènes, qu’il travaille davantage, c’est le sport. On ne peut être champion à vie».
«Yékini, Bombardier, Ndiaga Diop, Pape Cissé, Mansour Diop s’entraînaient dans la même salle de gym avec moi»
«Lorsque je les formais dans ma salle de gym, Yékini et Bombardier étaient comme des frères. On chahutait ensemble, on faisait tout ensemble dans la salle. Ils avaient décidé de ne jamais se croiser dans l’arène. Mais ils savaient que pour avoir de l’argent, ils devaient lutter. C’est le sport. Après leur combat, ils sont revenus dans la même salle et se sont salués. C’est le sport. Ils ont tous deux repris les entraînements dans la même salle chez Amoudé Bizé. Les supporters respectifs étaient chez eux, mais les lutteurs se retrouvaient à la salle ensemble. Yékini avait gagné, mais cela n’avait rien changé dans leur amitié, bien au contraire. Il y avait Ndiaga Diop, Pape Cissé, Mansour Diop, Yékini, Bombardier. Eux tous s’entraînaient dans la même salle de gym. Je les ai entraînés jusqu’à leur départ en Italie. Il faut aussi préciser qu’avant les Yékini, il y avait les Mor Fadam, Mouhamed Ali, Modou Pouye N°1, Sa Cadior N°1. À Colobane, j’ai aussi eu en 1967 d’autres lutteurs comme Dialy Birama Thior, Robert Diouf (qui est venu avec Manga 2), Toubabou Dior, Birahim Ndiaye, Mor Nguer, Double Less, Moussa Diamé, Guèye Diop grand lutteur Sérère, sans oublier Amadou Katy Diop. Ce sont les générations de 67, 68, 69 et 70».
«Je rends grâce à Amoudé Bizé qui m’a tout appris»
«Grâce à mon travail de moniteur de salle de gym et préparateur physique, j’ai eu à cheminer avec tous ces grands champions d’hier et d’aujourd’hui. Je remercie mon formateur Amoudé Bizé appelé à l’époque, le Rambo de la rue Grasland. Il m’a permis de faire cette aventure avec ces grands noms du sport de chez nous».

Par Mamadou KONÉ

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